Le dérèglement climatique dans les territoires de Beni, Lubero comme en ville de Butembo, au Nord-Kivu, affecte le secteur de l’apiculture. Les ruches ne produisent presque plus. Au même moment, les arbres ne fleurissent pas. Conséquences, la production de miel s’effondre. Cette situation précipite apiculteurs et organisations dans une précarité inquiétante.
À Ndando, à une dizaine de kilomètres au sud de Butembo, les arbres ne fleurissent presque plus. Aucun bourdon ne provient des ruches… C’est ce silence qui nous accueille. Vêtu de sa combinaison qui le couvre de la tête aux pieds, machette et seau d’un côté, fumoir de l’autre, Mwanzi Zephanie, apiculteur reconnu dans la région, nous guide vers ses installations.
La première ruche est vide. La deuxième aussi. Les suivantes ne font pas mieux. La visite devient de plus en plus amer. « C’est la première année que cela se produit, à cause du dérèglement climatique. Avant, le miel était abondant, surtout à partir du quatrième mois de l’année jusqu’au mois de juillet. Mais cette année, tout a changé. Des insectes inconnus attaquent les ruches et certaines abeilles finissent par s’en aller. Conséquences : le miel devient de plus en plus rare », regrette-t-il.
Mwanzi Zephanie entretient ici une dizaine de ruches. Depuis plus de trois décennies, il vit de ses ruches. C’est son métier, sa fierté, son identité. Autour de ces installations, rien pour encourager les colonies d’abeilles. Pas de fleurs, pas de nectar, seulement les séquelles visibles des pluies irrégulières, des sécheresses prolongées et d’un climat devenu imprévisible.

L’apiculture en danger
La chute de la production du miel a des répercussions directes sur les marchés de Butembo, Lubero et Beni. Le litre de mile qui se vendait à sept dollars américains au premier semestre de l’année 2025, se négocie à ce premier semestre de 2026 entre 10 à 12 dollars américains selon les revendeurs. Une inflation qui fragilise les consommateurs, et qui n’avantage pas non plus les producteurs. Le miel, apprécié pour ses vertus nutritives et thérapeutiques, devient un produit de luxe. « Le climat ne nous laisse plus le choix », se plaint Vutsapu Michaël, président du conseil d’administration de l’ONG Academia Group, une organisation qui intervient dans la promotion de l’apiculture et la protection de l’environnement dans la région.
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Il embraye aussi que la situation doit être prise au sérieux. « Nous assistons à la disparition progressive des fleurs mellifères. Si rien n’est fait, l’apiculture va disparaître. Il est urgent de repenser nos pratiques et de préparer les producteurs aux exigences du climat actuel », suggère-t-il. Selon lui, « plusieurs organisations peinent aujourd’hui à accompagner les communautés. Aujourd’hui des pépinières forestières sont aussi affectées. Au même moment des formations coûtent de plus en plus chères, et les sensibilisations sur le changement climatique demeurent insuffisantes ».

Se conformer aux cycles climatiques
Malgré cette crise, Vustapu Michaël conseille le reboisement ciblé en arbres mellifères, notamment le Calliandra, le Grevillea et l’Eucalyptus mellifère. « Ces arbres résistent mieux aux variations climatiques et fournissent un nectar régulier », explique-t-il. Cet environnementaliste encourage ainsi les apiculteurs locaux à suivre la formation en apiculture moderne et soutient que les ruches traditionnelles sont moins résistantes aux perturbations du climat. « Les ruches modernes protègent mieux les colonies d’abeilles et améliorent la production. Des apiculteurs doivent se conformer aux cycles climatiques plutôt qu’aux saisons habituelles, afin d’éviter des pertes inutiles », Aussi, il propose de freiner la déforestation, limiter la culture sur brûlis, restaurer les zones humides et protéger les essences locales.
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Le comble est que pour répondre aux besoins en bois de chauffe, bois d’œuvre et en matériaux de construction, les plantations d’eucalyptus, très répandues en territoires Beni, Lubero et dans les villes de Beni et Butembo, sont de plus en plus abattues. « Cette coupe massive prive également les abeilles d’une ressource essentielle : le nectar », déplore l’aménagiste Gloire Mulondi, enseignant à la Faculté des sciences agronomiques de l’Université Catholique du Graben à Butembo (Nord-Kivu, RDC). Pourtant, ces plantations d’eucalyptus avaient remplacé les forêts naturelles aujourd’hui presque disparues.

Outre les effets du dérèglement climatique, l’insécurité dans les zones de production constitue également un facteur déterminant, note un producteur. La poursuite des hostilités dans les territoires de Lubero et de Beni contraint ainsi les producteurs, qui craignent pour leur sécurité, à ne plus accéder librement aux zones de production.
Elisha Kindy