Grâce à l’agriculture Anelka Mwanya fertilise des slogans prodémocraties


Dans l’est de la RDC, la terre fertilise peu à peu des slogans des jeunes engagés pour la démocratie. Parmi eux, Anelka Mwanya, un activiste pro-démocratie. Face au chômage, à l’insécurité alimentaire et à la méfiance croissante envers les mouvements citoyens, il se lance dans l’agriculture urbaine. Son objectif : prouver que l’engagement peut aussi passer par des actions concrètes, capables de transformer le quotidien.

Depuis plusieurs années, Anelka Mwanya participe à des mobilisations pour réclamer plus de justice, de transparence et de démocratie. Mais avec le temps, un constat s’impose : les manifestations seules ne suffisent plus à changer les conditions de vie des populations. « Nous dénonçons beaucoup, mais les gens attendent aussi des solutions », explique-t-il. C’est ainsi qu’est née son idée de se tourner vers l’agriculture, non pas comme un abandon de la lutte, mais comme une nouvelle forme d’engagement.

Il faut quitter Butembo et prendre la route Manguregipa, à l’Ouest de la ville. Après environs 10 km de route, juste après l’entrée du postulat de la congrégation de sacré cœur de Jésus, on atteint le village de Kalwanga. Ici, une bifurcation vers la droite vous mène à Kitaka Kisa. Après 4 km de route sur un sentier rocailleux qui serpente une colline couverte d’eucalyptus, un petit village, un peu calme vous accueille. « Ici c’est à Kitaka Kisa », renseigne un jeune Papa, accompagné de son chien de chasse.

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En bas de ce village, Anelka Mwanya, y érige une activité agropastorale. « Nous venons d’acquérir ici environs quatre hectares. Sur une partie nous expérimentaux plusieurs cultures à la fois : maïs, haricots, tarots, courges, patates douces, … Et dans une autre portion, nous allons y ériger une ferme des chèvres et moutons », projette-t-il. A côté de ces activités, Anelka Mwanya compte aussi entretenir des étangs piscicoles, une porcherie ainsi que l’élevage des petits bétails comme cobayes, lapins, canards, poules, …

Lutter autrement pour la démocratie

Dans l’imaginaire populaire dans la région de Butembo et Beni, nombreux sont ceux qui pensent que des activistes pro-démocraties ne parviennent pas à se maintenir dans l’emploi ou ont du mal à apprendre. Une perception qu’Anelka Mwanya tente de dissiper dans la pensée collective. « Il y a certaines choses que nous exigeons au gouvernement, mais nous jugeons mieux de prêcher par des exemples. Aussi, nous avons compris que parmi les causes de l’insécurité et autres problèmes qui gangrènent notre pays il y a le manque d’emploi et la recherche des gains faciles. C’est pourquoi, pour nous la lutte pour la démocratie et la gouvernance peut se faire en parallèle avec l’entrepreneuriat », assure-t-il.

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Il insiste que cet entrepreneuriat agropastoral permet aussi de redorer l’image des activistes pro-démocraties. « Quand on lutte et on entreprend au même moment, on échappe aussi à plusieurs tentations. On ne peut plus céder face à la corruption, à des sollicitations de travailler avec des groupes armés comme les ADF, M23 ou des mouvements insurrectionnels … Avec l’entrepreneuriat on a une autonomie économique et on agit en toute liberté », embraye-t-il. Il poursuit que nombreux qui adhérent à des rébellions et autres mouvements c’est en grande partie pour leur intérêt privé mais aussi à la recherche des moyens de survie. « Or l’entrepreneuriat peut répondre à ces genres d’embarras », insiste-t-il.

S’associer pour mieux produire  

Dans ses projets agropastoraux, Anelka Mwanya reçoit de plus en plus l’adhésion des autres jeunes. C’est le cas de Kasereka Kawavyo Jean, un jeune agriculteur rencontré à Kitaka Kisa. Après plus de cinq ans comme agriculteurs, il indique que cette activité est aussi adaptée à la jenuesse « Nombreux sont ceux qui pensent qu’on se lance dans l’agriculture puisqu’on est chômeur ou puis qu’on est malheureux. Pourtant, nous devons conscientiser la jeunesse que l’agriculture et le commerce doivent aller de pair. Nous devons créer un équilibre entre ces deux activités. C’est pourquoi nous, nous lançons le premier pas. Et nous voulons que d’autres jeunes nous emboîtent le pas », explique-t-il avec ton plein d’optimisme.

Même son de cloche pour le jeune Sacré, que nous rencontrons dans son champ pendant la récolte de la tomate. Pour lui, l’agriculture peut aussi limiter la déclinquasse juvénile. « Nous devons nous associer. Des jeunes qui ont des boutiques en ville peuvent nous appuyer en matière financière pour achat des semences, pesticides et autres produits de lutte contre les insectes ravageurs. A la récolte, on peut se partager les dividendes », ajoute-t-il.   

Kasereka Kawavyo insite que l’agriculture est un des leviers pour lutter contre l’agression et la domination des pays limitrophes de la RDC. « Aujourd’hui nous importons presque tout, même du piment. C’est l’Ouganda qui alimente nos marchés en tomates. Même la farine de manioc que nous consommons ici provient de l’Ouganda… Ceci parce que nous délaissons la source de base de notre économie qui est l’agriculture. Pourtant nous avons beaucoup d’espace encore arable », s’indigne-t-il.

Aussi, les bailleurs de fonds ne favorisent pas non plus l’agriculture. L’impact de leur financement n’est pas visible sur le terrain. « Ils se concentrent dans un seul secteur de l’agriculture comme celui de la pomme de terre. Moi je me demande si c’est la pomme de terre qui va assurer toute notre survie. Et même dans le secteur où ils se concentrent on ne voit pas d’impact. Pourtant il y a plusieurs cultures qui peuvent stabiliser notre économie. C’est regrettable vraiment », se révolte-t-il.

Donner la valeur à l’agriculture locale

Anelka Mwanya et ses amis ne comptent se limiter à l’agriculture et à l’élevage. Leur projet ambitionne aussi de faciliter des paysans locaux une valeur à leurs produits. « Nous envisageons mettre en place des structures de collecte des produits d’autres agriculteurs locaux. Au niveau de ce centre de collecte, nous achetons nous même des produits des nos amis paysans au même prix que celui de la ville pour leur permettre d’obtenir un bon revenu », consent Anelka Mwanya. Au même moment, ce centre de collecte pourra aussi servir de lieux pour rapprocher les agriculteurs locaux des produits manufacturés au même prix qu’au centre-ville de Butembo.

Anelka Mwanya s’entretien avec une agricultrice en pleine récolte des patates douces à Kitaka Kisa

Ce projet d’Anelka Mwanya commence déjà à attirer d’autres jeunes, curieux de découvrir une autre manière de s’engager. Certains viennent apprendre, d’autres envisagent de lancer leurs propres activités agricoles. Au-delà des récoltes, c’est une nouvelle vision qui germe : celle d’une jeunesse capable d’allier engagement citoyen et solutions économiques concrètes.

Dans un contexte national marqué par de multiples défis, cette initiative reste modeste, mais porteuse d’espoir. Elle illustre une évolution du militantisme en RDC : moins centré uniquement sur la contestation, mais plus tourné vers l’impact direct. À Butembo, ce jeune activiste continue de défendre ses convictions. Pour lui, la démocratie ne se revendique pas seulement, elle se cultive aussi.

Umbo Salama


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