En RDC, de plus en plus des études pour chômer


Chaque année, en RDC, des milliers de jeunes obtiennent des diplômes. En majorité, ils quittent l’université en ayant des études comme seule occupation. Conséquences : le taux de jeunes chômeurs diplômés est en hausse par rapport aux autres jeunes de leur âge.

En Septembre 2025, Professeur Florent Kasula, publie les résultats de sa recherche sur la « Professionnalisation et employabilité des jeunes diplômés universitaires ». Selon cette étude, en RDC, le chômage des jeunes diplômés universitaires ne constitue plus l’exception mais plutôt la règle.

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En effet, la plupart des jeunes diplômés ont désormais comme travail de chercher du travail. Ils recherchent ainsi des offres disponibles dans des bureaux comme sur les réseaux sociaux et plateformes de publication des offres. Une étude récente montre que près de 86% de jeunes universitaires ont connu au moins un à sept ans de chômage avant l’accès au premier emploi. Pour, certains ce premier emploi ne répond pas souvent à leurs aspirations et qualifications académiques.

Etudier par défaut  

Selon cette recherche de Florent Kasula, plusieurs étudiants s’inscrivent à l’université par défaut. Et nombreux, après leurs études universitaires, postulent à des stages de perfectionnement, les uns après les autres … Et dans certains coins de la République, certains autres finissent par s’enrôler dans des groupes armés. D’autres encore deviennent des militants des partis politiques, des mouvements citoyens ou des groupes de pression …

Pourtant, ils pouvaient directement embrasser les métiers après les études secondaires. Mais, le comble est qu’ils aspirent en franchir toutes les étapes jusqu’au troisième cycle (du doctorat). « N’ayant aucun projet professionnel et personnel, la majorité ignore ce qu’ils feront après leurs études et attendent l’obtention d’un diplôme d’université pour déterminer leur profil et leurs perspectives professionnelles », constate le chercheur.

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Aussi, beaucoup de jeunes font des longues études dans des filières où les débouchés sont presque incertains. Au bout des comptes, après les études, ils sont candidats au chômage. D’autres vont jusqu’à exercer des activités déconnectées de leurs études. « C’est à ce niveau que les écoles se transforment en fabriques des chômeurs ou en producteurs des cerveaux inutiles comme l’écrit Bongeli », indique Professeur Florent Kasula.

Des filières trop génériques

Aujourd’hui, détenir un grand diplôme n’est plus synonyme d’accès à un emploi bien rémunéré. Car « plus le niveau de diplôme augmente, plus le niveau de chômage augmente également », explique cette recherche. Le diplôme ne joue plus donc son rôle de pourvoyeur d’emploi. Aussi, certains étudiants quittent l’université en disposant presque seulement des connaissances qu’ils sont incapables d’utiliser pour résoudre des problèmes quotidiens.

De leurs côtés, des universités se focalisent plus sur l’effectif des étudiants que sur le futur professionnel de leurs diplômés. Cela se fait parfois au détriment de la qualité de la formation et de l’insertion professionnelle des étudiants. « Ainsi, l’université semble préparer les étudiants au chômage ou à des emplois précaires avec des faibles rémunérations ».

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Au même moment, les universités organisent des filières ou facultés qui relèvent d’une sorte d’imitation ou de concurrence entre les institutions. « Pour un effectif de 8 universités par exemple, les facultés traditionnelles les plus organisées sont l’économie (7), le droit (4), la psychologie et sciences de l’éducation (6), les sciences politiques et relations internationales (4), l’agronomie (4) … Avec l’arrimage au LMD, la confusion aussi reste grande entre les filières des institutions supérieures et celles universitaires », constate le chercheur.

Tous ces faits réunis montrent que la question de l’emploi ne fait pas l’objet de la préoccupation des universités congolaises. C’est pourquoi le Professeur Florent Kasula pense qu’il est important de revoir le système éducatif de la RDC et le rendre attrayant et plus compétitif sur le marché de l’emploi. Il insiste que ’éducation doit être pensée en fonction des besoins vitaux de croissance du pays.  

« L’université peut ainsi se présenter comme une organisation d’apprentissage et de promotion des diplômes professionnels. Aussi, le professeur peut s’identifier comme un « coach » face à un étudiant « joueur » dans les théories de l’enseignement universitaire », suggère-t-il. Au même moment, l’université peut s’engager dans l’employabilité de ses diplômés à travers le projet professionnel et personnel de l’étudiant.

Umbo Salama