Braver la honte et se passer de son diplôme pour exercer même des métiers négligés


Les diplômes d’université sont perçus comme un atout certain dans la société. Les études apparaissent comme le chemin qu’il faut prendre pour devenir un « grand quelqu’un » dans la vie. Mais bien souvent, c’est de l’incertitude qui plane au sortir des universités. On ne sait quoi faire avec son diplôme en poche. Toutefois, certaines personnes bravent la honte, se passent de leurs diplômes pour exercer n’importe quel métier. Pour elles c’est le lucre qui compte.  

Kahindo Munyoro Patricia est étudiante dans une université de la place en deuxième de licence. Depuis 2014, après les cours, elle grille de maïs sur le boulevard Julien Paluku, ancienne rue Kinshasa, en ville de Butembo. Elle allume son brasero, y place des maïs à griller et attend sa clientèle constituée des opérateurs économiques, des passants et même certains de ses camarades. « Après les cours, chaque soir, je passe directement au marché central. Ici j’achète des maïs frais à 5000 Fc pour venir les griller. Après la vente, il arrive que je totalise un bénéfice de 2000 ou 3000 Fc », témoigne-t-elle.

A Butembo, le maïs grillé est de plus en plus apprécié de nombreux habitants. Chaque soir, dans plusieurs coins des rues et avenues, des consommateurs affluent autour des grilleurs pour s’approvisionner. Il faut débourser entre 200 Fc et 300 Fc pour un épi. La qualité et la demande conditionnent le prix. Mais ils sont moins nombreux des détenteurs des diplômes et autres titres académiques qui exercent ces métiers pourtant qui fait vivre plusieurs familles.

Vaincre le chaumage

Beaucoup de ses clients et camarades d’auditoire l’encouragent même si certains disent avoir honte à sa place. « Moi j’ai jamais eu honte de ce métier. En plus c’est mon oncle qui paie mes frais académiques mais le bénéfice de ce métier m’aide à payer les droits d’auteurs et mes syllabus. En plus je suis une fille, j’ai des besoins personnels je ne peux pas être une charge pour mes parents ou mon copain pour qu’il prenne en charge tous mes besoins. Et donc grâce à ce que je gagne dans ce métier je peux même anticiper la paie des frais académiques », s’enthousiasme Patricia.

Pour augmenter son chiffre d’affaire, Patricia participe aussi aux associations et mutuelles des crédits rotatifs ainsi qu’à des tontines, des fameux « Kirimba » en langage collectif local. « Dans ce système de tontine avec mes amis je peux réaliser à la fin d’un mois 50 milles francs congolais ou plus », rassure-t-elle.

Un client rencontré sur place en train d’acheter le maïs crois que c’est rare de voir une fille de cet âge accepter de faire un tel métier. « C’est vraiment curieux de voir une étudiante de sa génération entrain de pratiquer ce métier que beaucoup de filles de son âge négligent. Cette fille a de l’avenir », indique-t-il.

Comme Patricia, de plus en plus des élèves, étudiants et universitaires ne comptent plus sur leurs diplômes pour avoir de l’emploi. Ils se lancent dans des petits métiers et commerces pour subvenir à leurs besoins. C’est le cas de Masika Kabahuka Lareine, finaliste du secondaire au complexe scolaire l’Assurance. Elle sillonne la ville après les cours pour vendre du jus obtenu grâce au mélange de l’eau et des gingembres (le tangausi très apprécié car présenté comme aphrodisiaque). « C’est depuis cinq ans que je vends le Tangausi, et beaucoup de Papas viennent acheter », indique-t-elle, avec un sourire au coin des lèvres.

Souvent ses amis la décourage mais en vain. « Mes amis me disent que ce métier ne m’honore pas mais je leur dis qu’ils se trompent parce que ce métier me de combler certains de mes besoins. Il me permet de payer une partie de mes frais scolaires et autres ». Elle fait de son mieux pour concilier ce métier et ses études. « Quand je suis à l’école maman vient m’épauler et après cours je viens directement la remplacer », explique-t-elle.

Ce métier que les filles de son âge négligent répond a plusieurs de ses besoins et de sa famille : « Moi je suis orpheline de Père. Grâce à cette activité, on ne peut pas manquer quoi manger à la maison. Moi et mes frères, nous tous, nous dépendons de ce métier. J’appelle toutes les filles de mon âge de ne pas avoir honte et d’apprendre n’importe quelle initiative pour être autonome », conseille-t-elle.

Alpha Vwamara


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