Dans les hautes terres de Lubero, l’Ingénieur en construction Kakule Hangi bâtit une filière agricole


Jusque là connu grâce à ses chantiers de construction, Ir Kakule Hangi Luc se lance actuellement un nouveau défi : produire pour nourrir. Son initiative illustre une nouvelle forme d’entrepreneuriat hybride dans l’Est de la RDC : Chantiers et champs.

A plusieurs dizaines de kilomètres de Butembo, en retrait Ouest de l’agglomération de Musienene, se trouve la localité de Vikindwe. Accroché aux flancs brumeux, dans des hautes terres de Lubero, à plus de 1500 mètres d’altitude, Vikindwe bénéficie d’un climat tempéré de montagne et de sols propices à une grande diversité de cultures. Pommes de terre, maïs, céréales, légumes et légumineuses y poussent en abondance. Depuis un certain temps, le café s’insère aussi de plus en plus dans la culture du milieu.

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Cette zone est un nouveau pari pour l’ingénieur en construction Kakule Hangi Luc. Jusque-là connu pour ses chantiers de construction à travers l’entreprise CIBEC (Carrefour des ingénieurs bâtisseurs à l’Est du Congo), il tente un autre défi : investir simultanément dans l’agriculture et le bâtiment. L’ingénieur Hangi Luc partage désormais son temps entre chantiers et champs. « La terre est toujours généreuse », indique-t-il, avec un brin de sourire aux coins des lèvres.

investir simultanément dans les activités agricoles et le bâtiment, un nouveau pari pour l’Ir Hangi Luc

Demande permanente en produits alimentaires 

En effet, dans le bâtiment, l’activité dépend étroitement de la demande en produits manufacturés tels que le ciment, les tôles et autres… Et cette demande elle-même dépend du climat des affaires et des conditions de sécurité. Au moindre incident sécuritaire, les investisseurs suspendent des projets, les approvisionnements se bloquent et les chantiers s’arrêtent parfois brutalement. Une situation qui laissent ouvriers et entrepreneurs dans une attente interminable.

Aussi, dans des centres urbains on oublie souvent que la demande en produits alimentaires ne s’arrête jamais. « Par exemple à la récolte de la pomme de terre, dès que je publie un échantillon sur mon statut WhatsApp et autres comptes Facebook, à la minute suivante, des demandes foisonnent. Je quitte le champ ayant déjà la cartographie pour la livraison auprès des clients », explique Ir Hangi Luc.

Même en période d’incertitude, les marchés continuent de fonctionner suite à un besoin vital : « se nourrir ». Des produits agricoles trouvent toujours des preneurs, même si les volumes ou les prix peuvent changer. « Les gens ne peuvent pas arrêter de manger », résume-t-il.

La pomme de terre dans le Champ de l’Ir Hangi Luc à Vikindwe

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Pour autant, les défis sécuritaires n’épargnent pas l’agriculture. Ces défis peuvent perturber l’accès aux champs, les récoltes et le transport des produits alimentaires. Mais, l’activité agricole s’adapte aussi aux défis sécuritaires : les producteurs ajustent les quantités, modifient les circuits ou écoulent localement une partie de leur production. C’est cette capacité de continuité, même en mode dégradé, qui attire l’ingénieur Hangi Luc.

Diversification agricole calculée

Dans les collines de Vikindwe, Ir Hangi Luc exploite plusieurs parcelles. Il y emploie une main-d’œuvre locale et introduit progressivement des méthodes agricoles plus organisées : planification des cultures, stockage et transport vers les centres urbains. Son expérience dans le bâtiment lui confère un avantage inattendu : la gestion logistique.

En effet, gérer un chantier ou organiser des activités agricoles, c’est aussi une question de planification et de coordination. La formule n’a rien d’une métaphore. Sur un chantier, il faut prévoir l’arrivée des matériaux, coordonner les équipes, respecter des délais et optimiser les coûts. Dans les champs, la logique est similaire. Sauf ici, elle tient compte du calendrier agricole : préparation des sols, choix des semences, périodes de semis et de récolte. Une mauvaise synchronisation peut compromettre tout le rendement. « Je peux commencer par la pomme de terre. Après le buttage, j’insère dans ce champ la culture du maïs. A la récolte de la pomme de terre, Je plante le haricot. La récolte de ce haricot pointe au même moment que celle des maïs. De cette façon, on capitalise mieux les saisons culturales, l’engrais, les frais de labour, les activités de supervision … », explique-t-il.             

Ce champ va recevoir d’abord la pomme de terre. Après le buttage, on va insérer la culture du maïs. A la récolte de la pomme de terre, on va planter plante le haricot.

La main-d’œuvre locale joue ici un rôle important. Recrutés dans les villages environnants, les ouvriers agricoles apportent leur connaissance du terrain et des saisons. Le recours au savoir-faire local permet non seulement d’améliorer les rendements mais aussi de sécuriser les revenus, dans un environnement où chaque retard ou aléa climatique peut avoir des conséquences immédiates sur la production. « C’est aussi contribuer au développement de la région », explique-t-il.

A côté de la culture de la pomme de terre, maïs, haricots, l’ingénieur introduit petit à petit dans ses champs la culture des bananiers, du café et autres. A cela s’ajoute un élevage des petits bétails. « Nous comptons aussi élever des vaches laitières. C’est qui explique le choix des certaines variétés fourragères dans le pâturage ». Dans un environnement aussi imprévisible que celui du Nord-Kivu, cette complémentarité des ressources devient de plus en plus une nécessité pour survivre.

Umbo Salama


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