Vianney Watsongo, ce journaliste qui manie le micro et la houe


Vianney Katsuva Watsongo est un journaliste agriculteur basé à Kiwanja, en territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo. Depuis le déclenchement de la guerre du M23 dans sa région en Mars 2022, il vit à Goma. Dans cette capitale provinciale du Nord-Kivu où il vit comme déplacé, il participe à la production du bulletin radiophonique « Sauti ya Wahami (la voix des déplacés) », un bulletin qui raconte comment les déplacés survivent.

A côté de son travail de journaliste, Vianney Watsongo est un « agriculteur en herbe ». Passionné de ce métier depuis son jeune âge, ce professionnel des médias, érige des champs même sur des roches volcaniques de la ville de Goma. Sur son compte Facebook, il vient d’initier l’hashtag #Agrivaleur pour la promotion de l’agriculture. Grâce à son implication dans le domaine agricole auprès des paysans, Vianney Watsongo est lauréat du prix de la RRI (Radio Rurale Internationale) en 2021. Dans un entretien via le réseau social Whatsapp, Vianney Watsongo explique comment il combine le travail de journaliste et d’agriculteur.

Icicongo : Qu’est-ce qui vous motive à combiner deux métiers : celui de journaliste et d’agriculteur au même moment ?

« Vous savez que la vie en ville a d’autres réalités. Aujourd’hui, je vis à Goma et je dois subvenir aux besoins de ma famille. Ici je n’ai aucun salaire. Je ne devrais pas rester les bras croisés. Il fallait que je trouve une autre alternative pour la survie de ma famille. Comme je suis amoureux de l’agriculture, j’ai érigé des jardins potagers urbains, d’abord dans la parcelle où je réside. Puis dans d’autres endroits comme vers Mugunga, à l’Ouest de la ville ».

Icicongo : Pouvons-nous dire que c’est votre situation de déplacé qui vous a motivé à pratiquer de l’agriculture ? 

« Pas du tout. Même dans ma cité de Kiwanja en territoire de Rutshuru, je cultive des champs. C’est parmi mes activités de routine, à côté du journalisme bien sûr. Aussi les maraichers sont très chers en ville de Goma. J’ai découvert qu’avec seulement des amarantes on peut gagner sa vie ici.

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Or certains Gomatraciens (habitants de Goma) ignorent le revenu des produits maraichers. Seulement en 21 jours j’ai produit des amarantes sur un espace de 15 m2. J’ai gagné de l’argent. Maintenant je cultive de la tomate. Dans quelques jours ici je vais récolter et vendre cette tomate ici à Goma ».

Certains Gomatraciens (habitants de Goma) ignorent le revenu des produits maraichers. Seulement en 21 jours j’ai produit des amarantes sur un espace de 15 m2.

Icicongo : Comment vous organisez votre temps pour ces deux activités ?

« C’est simple. On ne peut pas passer tout son temps devant le micro. Dans notre pays (la RDC) c’est difficile de vivre seulement de ce qu’on gagne dans la presse. C’est pourquoi j’ai choisi l’agriculture comme activité supplémentaire ».

« Mon temps est bien programmé. Aucune activité parmi ces deux n’empêche l’autre. Je fais un temps au micro et un temps au champ. Et d’ailleurs, c’est facile pour moi car la plupart de mes productions dans la presse se focalisent sur des questions agricoles.

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Et j’ai compris que des sujets de reportage se récoltent partout : pas seulement dans des bureaux ou ateliers de formation, mais aussi aux champs, auprès des petits producteurs, paysans, jardiniers, pépiniéristes, etc. On est un bon journaliste lorsqu’on exploite les domaines qu’on maitrise bien. Moi j’ai déjà choisi l’agriculture et qui me donne une identité de journaliste agricole ».

Icicongo : Pourquoi avez-vous choisi l’agriculture alors que c’est un secteur qui n’est pas aussi adulé en RDC ?

« Chez nous à Rutshuru, l’agriculture est une activité principale. Je continue à la pratiquer ici à Goma pour me permettre de subvenir à mes besoins étant que déplacé sans emploi. Aussi, c’est une façon d’éveiller la conscience des certains, surtout mes confrères journalistes qui courent derrière le coupage (Frais de transport lors de couvertures médiatiques) ».

Icicongo : Goma est une ville avec des roches volcaniques. Comment vous faites pour cultiver ?

« Le sol qu’on retrouve à côté de ces roches est fertile. Voici comment je fais : j’entasse ensemble des déchets biodégradables (qui peuvent pourrir) des poubelles. Après environs trois semaines, ces déchets se dégradent et permettent d’avoir de l’engrais. Dans d’autres endroits, je mets du sol dans des sacs, des plastiques ou même des habits déchiquetés pour faire de l’agriculture hors sol. Aujourd’hui, avec le développement des techniques agricoles, même sur les eaux on peut avoir son jardin potager ». 

Le sol qu’on retrouve à côté de ces roches est fertile.

Icicongo : Le journalisme c’est un métier qui n’a pas assez de revenus. Cette activité d’agriculture, vous permet-elle de maximiser des recettes ? Pouvons-nous avoir des indicateurs dans ce sens ?

« Le journalisme ne permet pas de répondre à tous nos besoins. On peut estimer à 25% des journalistes congolais qui vivent de ce métier. Et 75% combinent le journalisme avec d’autres métiers. Je dirais que l’agriculture est une activité rentable pour moi. Elle arrive à répondre à plusieurs de mes besoins. Le peu d’argent que je gagne dans le journalisme, je l’investis dans mes activités agricoles. Par exemple, j’avais acheté mes deux champs de deux hectares grâce à mes revenus de journaliste. Pour moi, le journalisme et l’agriculture peuvent évoluer ensemble ».

Icicongo : Est-il facile d’être à la fois journaliste et agriculteur ?

Tout dépend d’une bonne planification et d’un engagement personnel

« Il suffit de savoir gérer son temps. Je me retrouve mieux puis que suis aussi journaliste agricole. On est meilleur lorsqu’on maitrise ce qu’on fait. J’aide des petits producteurs de ma région à vulgariser leurs productions dans des médias. Leurs voix sont écoutées à travers mes reportages.

Je réalise des émissions et interviews, je me déplace dans leurs champs respectifs avec tout mon matériel. Je récolte toutes les données réelles, les difficultés auxquelles font face des agriculteurs de ma région. A la fin, je peux dire que le journalisme n’empêche personne à faire une autre activité. Tout dépend d’une bonne planification et d’un engagement personnel ».

Propos recueillis par Umbo Salama


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