RDC : Ces défis du café et du cacao congolais sur le marché européen


Les acheteurs européens renforcent leurs exigences en matière de café et de cacao. Mais à l’Est de la RDC, les petits producteurs doivent composer avec l’insécurité, le manque de moyens et l’accès limité à la certification. « CongoAgri Platform » accompagne les coopératives dans cette transition. Son secrétaire exécutif, Ghislain Kamondo, explique les défis rencontrés et les solutions mises en place.

Icicongo.net : Quelles sont les principales exigences des acheteurs européens qui posent problème aux producteurs de l’Est de la RDC ?

Ghislain Kamondo : Les principales difficultés concernent la certification et la traçabilité. L’accès à la certification reste un obstacle majeur. Certains organismes de certification refusent d’organiser des audits dans certaines zones de l’Est de la RDC à cause de l’insécurité. Cette situation prive les producteurs de café et de cacao de certifications nécessaires pour accéder à certains marchés européens.

La traçabilité pose aussi un problème important. Les producteurs doivent fournir des informations précises sur toute la chaîne de production. Cela commence par les coordonnées GPS des parcelles et va jusqu’à l’exportation. Or, beaucoup de producteurs peinent encore à collecter, documenter et transmettre ces données. La difficulté augmente lorsqu’ils doivent utiliser des outils numériques. À cela s’ajoutent le manque d’équipements, de compétences techniques et d’accompagnement.

Icicongo.net : Quel est le niveau de préparation des petits producteurs face à ces exigences ?

Ghislain Kamondo : Le niveau de préparation des producteurs et des coopératives reste encore basique, surtout pour la traçabilité. Avec l’application de la réglementation européenne contre la déforestation, beaucoup de coopératives risquent de perdre l’accès au marché de l’Union européenne si elles ne se mettent pas rapidement en conformité.

Icicongo.net : Comment CongoAgri Platform transforme-t-elle ces exigences en pratiques accessibles aux producteurs ?

Ghislain Kamondo : Pour répondre aux exigences du marché, CongoAgri a mis en place « Mavuno Sokoni », une plateforme numérique de traçabilité. L’outil répond aux exigences générales de traçabilité, y compris celles liées à la réglementation européenne contre la déforestation. « Mavuno Sokoni » est une application développée par Congo Agri Solution. Son nom signifie « Nos produits sur le marché ».

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L’application permet de suivre les produits agricoles tout au long de la chaîne d’approvisionnement, jusqu’à l’exportation. La traçabilité est désormais incontournable pour accéder au marché européen. Cette application constitue donc une nouvelle opportunité pour les producteurs congolais.

Icicongo.net : Quelles technologies utilisez-vous pour assurer la conformité des lots sans alourdir le travail des producteurs ?

Ghislain Kamondo : Dans le cadre de « Best Of Congo Cooperatives 2026 », nous avons tracé les micro-lots mis sur le marché aux enchères à partir des parcelles et de leurs coordonnées GPS.

Nous avons suivi leur parcours jusqu’à l’exportation. Cela comprend notamment le centre de fermentation, la station de lavage et l’usine de déparchage. Nous avons utilisé « Mavuno Sokoni » pour assurer cette traçabilité.

Icicongo.net : Comment maintenez-vous la qualité et la traçabilité malgré les difficultés logistiques et sécuritaires de l’Est de la RDC ?

Ghislain Kamondo : Les producteurs continuent à produire grâce à leur résilience. Ils font face à de nombreux défis logistiques et sécuritaires. « CongoAgri Platform » reste à leurs côtés. Nous les aidons à répondre à certaines exigences des acheteurs, notamment en matière de traçabilité, de la parcelle jusqu’à l’exportation.

La sécurité reste toutefois un défi majeur. L’insécurité réduit la production. Elle complique aussi l’accès aux zones de production et l’évacuation des produits. Les coopératives rencontrent également des difficultés pour accéder au financement. Dans certaines zones, des banques ont fermé. Malgré tout, les producteurs refusent de baisser les bras. Ils continuent à produire. Cette année encore, ils ont poursuivi leurs activités malgré l’insécurité.

Icicongo.net : La mise en conformité exige des investissements. Comment aidez-vous les producteurs à supporter ces coûts ?

Ghislain Kamondo : Les coopératives ne disposent malheureusement pas, pour le moment, des ressources nécessaires pour répondre aux exigences actuelles du marché en matière de traçabilité. De son côté, « CongoAgri Platform » dispose de moyens limités pour accompagner toutes les coopératives.

Nous avons donc besoin d’autres partenaires techniques et financiers. Leur appui permettra aux producteurs de continuer à vendre leurs produits sur le marché international. Aussi, après le prélèvement des échantillons dans différentes régions de la RDC pour évaluer le niveau de conformité des coopératives, nous avons constaté que 68 % des coopératives sont conformes. Cela montre qu’il reste encore du travail à accomplir.

L’année passée, nous travaillions avec 20 coopératives. Cette année, nous en avons 23. Nous essayons de nous adapter à cette situation. C’est aussi une forme de résilience. Nous encourageons ainsi les petits producteurs en facilitant la mise en marché de leurs produits sur le marché international.

Icicongo.net : Vous avez récemment organisé deux journées de réflexion à Goma, avec des séances de dégustation à Goma, en Belgique et à Londres. Quels retours avez-vous reçus des acheteurs internationaux ?

Ghislain Kamondo : Les acheteurs et les torréfacteurs ont beaucoup apprécié la qualité des produits. Les ventes aux enchères se sont clôturées le 3 septembre 2026. « Best Of Congo » permet ainsi de discuter de plusieurs enjeux de la filière, notamment de la traçabilité. L’événement comprend également un concours et des séances de dégustation de café.

Cette année, l’événement se déroule dans plusieurs pays. Il se tient notamment en RDC, à Bruxelles, à Londres, à New York, aux Seychelles et en Corée du Sud. Pour participer, il faut notamment être une coopérative. Nous mettons sur le marché du café d’impact. Nous estimons que les coopératives qui regroupent les petits producteurs peuvent produire ce type de café.

Les producteurs doivent également disposer des infrastructures nécessaires. Pour le café, ils doivent avoir une station de lavage. Pour le cacao, ils doivent disposer d’un centre de fermentation. Ils doivent aussi assurer la traçabilité de leur production et partager les coordonnées GPS de leurs parcelles.

Icicongo.net : Ces événements ont-ils permis de montrer que le café et le cacao de l’Est de la RDC peuvent être à la fois éthiques, traçables et de grande qualité ?

Ghislain Kamondo : Depuis la première édition de Best Of Congo Cooperatives, en 2024, nous accueillons chaque année de nouveaux acheteurs. Grâce à cet événement, le café congolais a notamment été commercialisé pour la première fois en Corée du Sud.

Icicongo.net : Au-delà de l’accès au marché européen, quel impact ce travail a-t-il sur les producteurs et leurs conditions de vie ?

Ghislain Kamondo : Aujourd’hui, nous évaluons aussi l’impact du café et du cacao à travers leurs dimensions sociales, économiques et environnementales. Les coopératives partenaires de Best Of Congo Cooperatives ont mis en place des « AVEC (Associations villageoises d’épargne et de crédit) ». Elles organisent également des formations sur les activités génératrices de revenus.

L’objectif est de permettre aux producteurs de disposer d’autres sources de revenus en plus de la vente du café et du cacao. « CongoAgri Platform » a également lancé le programme « Mama Kivu ». Il vise à intégrer davantage les femmes dans les chaînes de valeur du café et du cacao.

Icicongo.net : Quelle est la prochaine étape pour CongoAgri Platform ?

Ghislain Kamondo : Nous allons continuer à encourager les coopératives à se préparer à la conformité. Presque tous les acheteurs exigent désormais la traçabilité du café et du cacao. Nous allons créer un compte pour chaque coopérative partenaire sur la plateforme « Mavuno Sokoni ». Elles pourront ainsi enregistrer et conserver les informations liées à la traçabilité de leur production.

Victoire Katembo Mbuto


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