Du 24 au 30 août 2026, l’actualité environnementale et sanitaire de la République démocratique du Congo se concentre sur l’épidémie d’Ebola qui continue de s’étendre. Au même moment, Kisangani devient l’un des points stratégiques de la riposte. Pendant ce temps, À Goma et Butembo, l’eau et l’assainissement restent des déterminants sanitaires majeurs.
La principale actualité sanitaire de la semaine reste l’expansion de la maladie à virus Ebola, de souche Bundibugyo. Au 26 août, le registre de l’OMS recense 5 794 cas confirmés et 2 786 décès en RDC. L’épidémie vient aussi de toucher 60 zones de santé dans six provinces : Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Tshopo, Haut-Uélé et Bas-Uélé. L’OMS estime que le risque reste très élevé en RDC. Cette dimension régionale explique pourquoi l’OMS maintient l’épidémie au rang d’urgence de santé publique de portée internationale.
La Radio Okapi rapporte ainsi l’appel de l’OMS à une trêve humanitaire de six mois afin de permettre aux équipes sanitaires d’atteindre les populations exposées. Le Dr Mohamed Yakub Janabi résume le problème en une phrase particulièrement forte : « Lorsque nous parvenons à atteindre les populations, nous stoppons la transmission. Lorsque nous ne le pouvons pas, le virus continue de se propager. »
Dans cette même perspective, la presse congolaise a aussi mis en lumière une autre fragilité de la riposte : la protection des agents de santé et des volontaires. Actualité.cd rapporte que douze volontaires de la Croix-Rouge ont été blessés en cent jours dans des incidents liés à la riposte.
Quand l’infodémie devient un enjeu sanitaire
À Butembo, les autorités sanitaires et l’OMS ont organisé cette semaine un briefing destiné aux journalistes sur la gestion de l’infodémie, c’est-à-dire la circulation massive d’informations, de rumeurs et de fausses informations autour de la maladie. La RTEE Kivu rapporte que les journalistes ont suivi une formation afin de mieux vérifier les informations et de contribuer à limiter les rumeurs.
Dans ce même contexte, l’ACP (Agence congolaise de presse) rapporte de son côté que le maire de Butembo, à cette occasion, demande aux journalistes de devenir des relais auprès des communautés. Dans cette même ville, un laboratoire destiné à accélérer l’analyse des échantillons doit être installé. Pour les autorités sanitaires, le raccourcissement du délai entre le prélèvement et le diagnostic constitue un élément essentiel pour améliorer la riposte.
Mais la méfiance reste un problème. Quelques jours auparavant, l’ACP rapportait que l’OMS observait encore une faible adhésion communautaire à Butembo et Katwa. Le défi, ici, dépasse donc la médecine.
Kisangani devient un laboratoire de la riposte
À Kisangani, la semaine est marquée par le renforcement de la vaccination contre Ebola. Le 27 août, la RDC a commencé à utiliser le vaccin Ervebo auprès de certains personnels de santé et acteurs de première ligne. La campagne a notamment démarré à Kisangani, dans la province de la Tshopo.
L’opération présente toutefois une particularité scientifique majeure : le vaccin Ervebo est homologué contre l’ebolavirus Zaïre, tandis que l’épidémie actuelle est provoquée par le virus Bundibugyo. L’OMS souligne qu’on ne sait pas encore si Ervebo protège contre ce virus chez l’être humain. Une partie des doses est donc destinée à un essai clinique.
L’actualité de Kisangani est également liée au rôle stratégique du fleuve Congo. Quelques jours avant cette campagne vaccinale, une initiative baptisée « Fleuve Congo sans Ebola » avait été lancée pour réduire le risque de propagation le long de cet axe reliant notamment Kisangani à Kinshasa. Le fleuve devient ainsi à la fois une voie de circulation, une ressource économique et un corridor sanitaire potentiel.
Cette réalité rejoint une analyse publiée cette semaine dans The Conversation Africa et reprise par AllAfrica sur les baleinières qui assurent une grande partie du transport fluvial dans le bassin du Congo. À Kisangani, environ 80 baleinières arriveraient chaque mois dans les ports privés, transportant des marchandises et des passagers. Ces embarcations alimentent les villes en produits agricoles mais restent également associées à de nombreux accidents. La question sanitaire se pose alors sous un autre angle : comment sécuriser les populations qui dépendent d’un environnement naturel pour se déplacer, se nourrir et travailler ?
À Goma, le lac Kivu devient une source de survie… et de risque sanitaire
Sous cet angle, 7sur7.cd rapporte le 24 août une recrudescence du choléra dans la ville. Au centre de santé CCLK, dans le quartier Lac-Vert, au moins 18 cas avaient été pris en charge en deux semaines. La saison sèche accentue les difficultés d’accès à l’eau potable et pousse certains ménages à utiliser directement l’eau du lac Kivu.
Le phénomène illustre un mécanisme classique : lorsqu’une population manque d’eau potable, elle se tourne vers les ressources disponibles dans son environnement. Mais une ressource naturelle n’est pas automatiquement une ressource sanitaire.
La question mérite d’être regardée au-delà du choléra. Elle concerne également l’assainissement, les déchets, les eaux usées, la densité urbaine et la qualité des écosystèmes lacustres.
Au Sud-Kivu, la pression sur le lac Kivu se poursuit
À Kalehe, Radio Okapi rapporte cette semaine l’alerte de la société civile environnementale concernant la pêche illicite des alevins dans le lac Kivu. Derrière cette pratique se trouve une question environnementale, mais aussi alimentaire et économique. Prélever les jeunes poissons avant leur maturité peut fragiliser les stocks et, à terme, affecter les revenus et l’alimentation des communautés riveraines.
Cette actualité fait écho aux travaux de la COMIFAC consacrés cette semaine à la Journée mondiale des lacs. L’organisation souligne que la santé des écosystèmes aquatiques dépend de celle des paysages et des bassins versants qui les alimentent. Elle insiste également sur le lien entre la conservation des forêts et la gestion durable des ressources aquatiques. Autrement dit, protéger un lac commence aussi loin que dans les collines et les forêts qui l’alimentent.
La semaine du 24 au 30 août 2026 montre ainsi que les politiques de santé et d’environnement ne peuvent plus être pensées séparément. Dans le bassin du Congo comme dans celui du Nil et dans les Grands Lacs, protéger les écosystèmes revient de plus en plus à protéger directement les populations qui en dépendent.
Umbo Salama