Dans la ville de Butembo, au Nord-Kivu, de plus en plus des femmes ne se contentent plus de subir les conséquences de l’insécurité. Certaines sensibilisent leurs communautés, participent à la prévention des conflits et transmettent des alertes aux services de sécurité. D’autres organisent des débats publics pour expliquer le rôle des femmes dans la consolidation de la paix. Cependant, lorsqu’il faut prendre des décisions sur la gestion de la ville et les questions sécuritaires, leur présence reste limitée.
Cette contradiction illustre bien les difficultés dans la mise en œuvre de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies. Adopté en octobre 2000, ce texte reconnaît le rôle essentiel des femmes dans la prévention des conflits, la gestion des crises et la consolidation de la paix.
Pour réussir ce pari, le GADHOP (Groupe d’associations de défense des droits de l’homme et de la paix) organise régulièrement des espaces de dialogue intergénérationnels. Dans ces cercles de réflexion, les mères de famille, les jeunes filles et les personnes âgées débattent ouvertement autour des enjeux sécuritaires de leurs quartiers. L’organisation diffuse ensuite ces réflexions sur les réseaux sociaux et à travers des applications de messagerie instantanée.
Participer à la surveillance sécuritaire
En plus, le GADHOP déploie un dispositif concret d’alerte précoce. Il installe des mécanismes de veille dans chaque cellule et quartier et repère les tensions naissantes. Les animateurs anticipent les risques d’affrontements et étouffent les violences avant leur déclenchement. L’équipe produit aussi des émissions de radio participatives et organise des débats publics avec les autorités locales pour éveiller la conscience collective.
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Ces efforts de terrain produisent déjà des résultats palpables dans la gestion collective de la sécurité au quotidien. Mbambu Luvuno Dévotte, figure féminine majeure du leadership local, explique que ces campagnes de sensibilisation modifient en profondeur la posture de la population. « La communauté ne perçoit plus les femmes comme de simples victimes des guerres, mais comme de véritables médiatrices et des actrices incontournables de la paix », explique-t-elle avec conviction.

Elle précise qu’aujourd’hui, de plus en plus des femmes s’imposent dans les instances de décision informelles. « Elles interviennent activement dans la résolution des litiges fonciers et sociaux au sein des communautés de base et des églises locales. De plus, dans le cadre de la surveillance sécuritaire citoyenne, elles collaborent de manière étroite avec les services officiels de défense et de sécurité », embraye-t-elle. De cette manière, elles protègent leurs familles et participent directement à la sauvegarde de la ville.
Des réussites qui inspirent
Sur le plan institutionnel, des avancées significatives démontrent la détermination des femmes dès leur plus jeune âge. Mabanza Dibi Odile, responsable du service urbain Genre, Famille et Enfant, salue la progression constante de l’appropriation du texte malgré les embûches. Elle rappelle notamment l’élection de l’honorable Jeanine Katasohire en tant que députée nationale représentant la circonscription de Butembo lors des dernières élections.
Un autre exemple frappant d’émancipation précoce réside dans le fonctionnement du Parlement d’enfants Butembo-Lubero, où une jeune fille a été portée à la présidence avec brio. Ces victoires électorales prouvent que lorsque la communauté accorde sa confiance aux femmes, celles-ci assument leurs responsabilités avec exemplarité.

Néanmoins, les stéréotypes sexistes et les pesanteurs socioculturelles freinent encore l’élan global. « Lorsqu’une femme exprime des ambitions politiques, l’opinion conservatrice la qualifie encore trop souvent de personne « compliquée » ou marginale. Pour déconstruire ces préjugés, le service urbain du Genre pense qu’il faut aussi sensibiliser et impliquer directement les hommes pour qu’ils deviennent des alliés et des partenaires dans la promotion des droits et de l’engagement politique des femmes », explique Mabanza Odile.
Rétablir l’équilibre
Malgré ces initiatives communautaires, l’accès des femmes aux sphères formelles de prise de décision reste un défi majeur. Un travail de plaidoyer intitulé « Faible représentation des femmes dans les postes de prise de décision en ville de Butembo », dresse un tableau sans complaisance. « Sur un échantillon représentatif de 22 institutions publiques de la ville, seules 5 sont dirigées par des femmes, à savoir : le service de l’Environnement, les Affaires sociales, le service du Genre, la Pêche et Élevage, ainsi que la cellule Femmes de la SONAS », précise ce texte.
La situation s’avère particulièrement critique sous le régime de l’état de siège. L’ensemble des autorités urbaines et communales sont des hommes. Par conséquent, la voix des femmes demeure quasi absente des réunions officielles de sécurité.

Face à ces limites structurales, Yolande Kalungero, coordonnatrice du GADHOP, exhorte l’État congolais à assumer son rôle de partenaire principal. Elle estime que les femmes rencontrent encore des obstacles importants dans leur engagement pour la paix. « Par exemple, alors que nous vulgarisons la résolution 1325, nous constatons que, lors des nominations à Kasindi, à Oicha ou dans les quartiers de Butembo, les femmes sont souvent oubliées. Les autorités locales sont nos partenaires et la RDC s’est engagée à appliquer ce texte, mais sa mise en œuvre concrète fait défaut. De plus, la voix des femmes reste absente des réunions de sécurité de la ville », explique-t-elle.
C’est principalement au sein de leurs associations féminines que les femmes occupent des fonctions de décision. Leurs interventions se limitent souvent à des alertes et à des dénonciations. Lors des assises qui visent à définir des stratégies sécuritaires, elles sont quasi inexistantes. Elles seraient pourtant les mieux placées pour contribuer à ces décisions, ayant vécu au plus près la réalité du terrain.
Vingt-six ans après l’adoption de la résolution 1325, la question n’est plus seulement de savoir si les femmes contribuent à la paix. Il s’agit aussi de leur garantir des moyens, la protection et la place pour participer aux décisions de sécurité de leurs communautés.
Providence Birugho
Les 4 piliers fondamentaux de la Résolution 1325
Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 1325 en octobre 2000 autour de quatre axes majeurs :
La Prévention : Intégrer la perspective de genre dans toutes les initiatives de paix et de prévention des conflits armés.
La Participation : Garanti la présence des femmes à tous les niveaux de prise de décision.
La Protection : Protéger les femmes et les jeunes filles contre les violences et garantir leurs droits fondamentaux.
Le Relèvement : Répondre aux besoins spécifiques des femmes lors de la reconstruction post-conflit.
[…] Il presente articolo viene riproposto su Global Voices nell'ambito di una collaborazione con Icicongo [fr, come i link seguenti,…
[…] موقع Icicongo هذه المقالة في الأصل بقلم إليشا كيندي في 20 مارس/آذار […]
[…] Icicongo originally published this article by Elisha Kindy on March 20, 2026. Global Voices republished the article as part…
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