Ces « B » de Beni, au Nord-Kivu

Les B de Beni

La lettre « B », est trop présente dans plusieurs noms des lieux en ville de Beni : quartiers, avenues, cellules, communes, rivières et collines. Certains lieux doivent leur appellation à la sacralisation de toute parole qui sortait de la bouche d’un blanc à l’époque coloniale. D’autres tirent leurs origines de différents dialectes parlés dans la zone notamment le Kipakombe, le Kimbuba et le Kinande.

Beni est une ville du Nord-Kivu, dans la partie Est de la RDC à environs 350 Km au Nord de Goma. Mais ce nom de « Beni » n’a aucune signification dans différents dialectes et langues parlés dans cette entité. Pour certaines sources, le nom de cette ville c’est la déformation de « Mbene (chèvre en français) ».  « Ici habitait un homme qui avait beaucoup de chèvres et pour cela on l’appelait « Mbene ». Et quand les colons sont arrivés, au lieu d’écrire « Mbene » ils avaient écrit ʺBeniˮ », explique Butoa Balingene, qui a mené des recherches sur plus de 3400 noms des lieux du Nord-Kivu.

Pour d’autres sources, ce n’est pas totalement de ce « Mbene » que la ville de Beni doit son nom. Selon Pasteur Nzembule, l’un des gardiens de coutume des Aapakombe (Bapakombe), Beni tire ce nom d’un arbre appelé « Eebeni » qui veut dire bois d’ébène ou bois noir. Les arabes et les Babembes qui avaient découvert ces arbres les exploitaient dans leurs menuiseries installées au quartier « Cité-Belge ». « Eebeni est devenu Beni car les colons avaient mal compris la prononciation des autochtones qui disaient « Eebeni Ubongulu ». Ces arbres se trouvaient près de la véranda appelée BOOMA et c’était un palais royal. C’est le lieu où se trouve l’actuelle Mairie de Beni.», explique Pasteur Nzembule.

« Mbene » de Benengule

En effet, Mbene Vhivuya Kisenge est un surnom donné à un Nande qui voulait remettre sa redevance à Liboasi, le chef coutumier des Bapakombes. « Mbene était venu en tirant une chèvre. Arrivé devant le mwami on lui avait posé la question pour connaitre son nom. Comme il ne connaissait pas le Kipakombe, il avait répondu « Mbene (Chèvre) » croyant qu’on lui demandait s’il est venu avec quoi. Puis il avait ajouté « Vhivuya » pour dire « C’est une joie pour moi » et après il avait dit « Kisenge » pour expliquer qu’il était toujours enfermé dans sa chambre. D’où son surnom Mbene Vhivuya Kisenge », poursuit Pasteur Nzembule.

Pour cette redevance, « Mbene » s’était installé à Benengule. « C’est un surnom qui vient de l’histoire d’un chef terrien qui devrait donner une chèvre aux agents de l’ordre. Comme ces derniers étaient venus avec une brutalité, il leur avait lancé à Kinande : « Mbene Ngule » pour les exhorter de ne pas transporter sa chèvre qui était en gestation », indique Ulimwengu Vhivhombano, Chef de Travaux et chercheur en histoire des civilisations. Aujourd’hui Benengule c’est un des quartiers de la commune Beu (Beu qui vient de « Mamba Beu » et qui signifie au sommet de la montagne des sacrifices).

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Dans cette même commune se trouve le quartier Butanuka « Vhuthanuka ». C’est une transplantation du nom d’un village qui se trouvait vers Magheria, dans les collines maraichères du territoire de Lubero.  « Une famille venue de Magheria a été la première à s’installer dans ce coin et avait donné le nom de son village d’origine à ce quartier », poursuit notre historien. D’autres sources révèlent qu’aussi dans ce quartier, il y avait un arbre et les gens profitaient de son ombre pour vendre des morceaux de viande. D’où le nom “Kathi Kameru” (L’envie de vouloir consommer de la viande).

La lettre "B" revient dans beaucoup des noms des lieux de Beni
Beni, en plein centre ville © Photo Nuru Ibrahim

Boikene de Bon Weekend

Pour entrer en ville de Beni par le Sud, on traverse la rivière « Byautu ». Ce nom veut dire que la guerre devient difficile. Et c’est ici que le Mwami Kyuma qui fut le commandant de bataillon des Bapakombes est mort.

Aussi, pour sortir vers le Nord de la ville de Beni, il faut traverser la rivière Munyabelu qui vient de « Munyao aabelu » pour signifier : « dites à mon époux qu’il peut passer ». « C’est l’histoire d’une dame. Quand elle finissait de se baigner dans cette rivière, elle envoyait sa fille informer son mari que le chemin est ouvert ; comme c’est sur la grand-route ».

Après la traversée, on entre dans le quartier Boikene, sur le côté gauche de de la Route nationale 4, en commune de Mulekera. « Ce nom de Boikene a deux sens. D’abord il veut dire reposez-vous ici. C’était un espace où des colons belges et les grecs aimaient passé le weekend. Boikene est donc une déformation de « Bon Weekend ». Le deuxième sens c’est « Aboyihene » qui veut dire cercopithèque, cette espèce des singes à longues queues et qui fait partie des totems de Bapakombe », explique Pasteur Nzembule.

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En face de cette commune, du côté droit de la nationale 4, c’est le domaine de la commune de Ruwenzori. Dans cette commune, au quartier Paida, se trouve la cellule « Munzambaye ». Une autre entité avec un nom qui contient la lettre « B ». Munzambaye était anciennement appelé Sobiede. Un belge y avait érigé un parking des camionnettes. Et pour monter dans ladite camionnette, les paysans devaient utiliser une échelle. Certains voyageurs suppliaient alors à Kinande : “Munzambayee” pour signifier « faites-moi monter ».

Des noms des lieux avec la lettre « B » sont donc légions à Beni, cette entité qui s’étend du Mont Rwenzori à la rivière shari (Ituri) et à la rivière Ebiena ainsi qu’à Biasa ou Biyo aasi (à la sortie Sud de la ville de Butembo) et qui signifie la fin de la guerre.

Nuru Ibrahim


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