Avec sa tondeuse, Anita Kahambu coiffe les préjugés sur l’entreprenariat des femmes


Anita Kahambu Kavuli, jeune demoiselle d’une vingtaine d’années, tient un salon de coiffure mixte à Butembo, au Nord-Kivu, à plus de 300 km au Nord de Goma. Cette jeune entrepreneure est une des rares femmes qui tiennent une tondeuse pour refaire beaux ses clients hommes. Elle a réussi à se faire accepter et respecter dans ce domaine où on trouve généralement des hommes.

« Reine de beauté », c’est le nom du salon de coiffure d’Anita Kahambu Kavuli. Il faut longer le boulevard Julien Paluku (ancienne rue Kinshasa de Butembo), sur le flanc droit, avant d’atteindre la sortie Nord de l’hôpital Matanda, pour découvrir cette initiative et les talents de la jeune demoiselle. A notre arrivée, le matin de ce mercredi 21 septembre, tondeuse à la main, elle s’active à rendre beaux ses clients en majorité des hommes. « Je suis fière de mon travail et la vie va de soi. Rien n’est impossible quand on a vraiment besoin d’un travail. C’est de cette manière que je gagne ma vie », explique-t-elle.

C’est un salon de coiffure mixte. Il accueille à la fois des femmes pour tresser leurs cheveux, ainsi que des hommes pour se faire aussi beaux. Mais Anita, elle, s’intéresse plus à la coiffure homme. Un talent qu’elle a découvert depuis son jeune âge. « J’utilise la tondeuse depuis mon enfance. Je m’occupais beaucoup à coiffer des garçons de mon quartier. Puis après m’est venue l’idée d’intégrer un salon de coiffure professionnel pour ma perfection », ajoute-t-elle.

© Glodi Mirembe

Se faire accepter et respecter

Dans la ville et dans plusieurs agglomérations en RDC, rares sont des salons de coiffure mixte tenus par des dames. Et même dans des rares salons tenus par des dames, des femmes s’occupent plus de tressage des cheveux pour dames et abandonnent ainsi la coiffure homme aux seuls messieurs. Pourtant on voit de plus en plus des hommes qui embrassent encore la carrière de tressage des cheveux pour femmes. « Il faut vraiment du courage, arriver à se faire accepter et respecter. Quand j’ai commencé dans des salons pour me perfectionner j’ai senti de la réticence de certains clients à se refaire beau par une dame. D’autres commençaient par des sollicitations amoureuses. Mais comme j’avais une détermination j’ai résisté et aujourd’hui suis fière d’avoir ma propre entreprise », insiste Anita Kahambu.

Cette jeune patronne du salon « Reine de beauté », s’est déjà entourée de deux autres garçons qui l’accompagnent dans cette initiative. Parmi eux, Samson Sikwaya. Il dit reconnaître le sens de responsabilité et de détermination de cette entrepreneure. « Elle n’est pas complexée comme les gens peuvent le penser. Vous la voyez comme si c’est une jeune fille, mais non, elle est intelligente et déterminée. Elle nous traite bien comme ses frères. Nous avons aussi de la considération envers elle », révélé Samson Sikwaya.

Anita Kahambu Kavuli arrange la coiffure d’un de ses clients dans son salon Reine de Beauté © Glodi Mirembe

Aussi, sa clientèle apprécie son travail. Kitsa Ushindi est un client fidèle de cette jeune coiffeuse. Il est venu aussi se refaire beau ici au salon « Reine de beauté » de Anita Kahambu. « Vous venez de voir de vos propres yeux. Elle vient de  me coiffer et c’est sûr qu’elle est talentueuse depuis longtemps. Elle fait bien son travail. Je regrette souvent quand je vois des hommes qui disent qu’une femme ne peut pas arranger leurs cheveux », indique-t-il.

Même son de cloche, pour le prénommé Christian, qui tient un garage à quelques mètres de ce salon. « Nous devons encourager ces initiatives. Je crois qu’elle est courageuse et connait des objectifs qu’elle veut atteindre. Il y a des hommes qui initient des salons de coiffure et les referment quelques jours après. Mais, elle, elle tient fort. Aujourd’hui presque tous mes mécaniciens se rendent dans ce salon pour se faire coiffer », embraye-t-il.

« On ne peut pas tout attendre du gouvernement ou des ONG »

Dans son salon, Anita Kahambu Kavuli, encadre aussi une autre jeune fille pour ce métier de coiffure des hommes. « J’aime que mon salon devienne aussi un espace pour encadrer des jeunes filles et garçons dans le but de lutter contre le banditisme et la dépendance financière. On ne doit pas chaque fois tout attendre du gouvernement ou des ONG. Nous devons aussi lancer nos propres initiatives ».

Depuis qu’elle a lancé ce salon de coiffure, elle contribue à la scolarité de ses frères et sœurs, répond à ses propres besoins ainsi qu’à ceux de sa famille. « Je tiens fort à mon boulot. Mes amies ont fini aussi par comprendre que c’est normal pour une femme d’exercer le métier de coiffure homme, indique-t-elle, avec un brin de sourire. Je gagne bien dans mon métier et je ne me sens pas sous-estimée ».

Glodi Mirembe


Un commentaire

  1. Bon courage et continuité dans le service

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