En RDC, de plus en plus des moustiquaires imprégnées d’insecticides détournées de leur usage


Pourtant distribuées pour protéger des populations contre la malaria, aujourd’hui les moustiquaires imprégnées d’insecticides à longue durée (MILD) servent désormais à autre chose. Cet usage dicté par des superstitions sociales, augmente les risques du paludisme dans plusieurs villes et agglomérations de l’Est de la RDC. Une attitude décriée par les professionnels de santé.

En ville de Butembo par exemple, ce vendredi d’avril, de notre passage en commune Mususa, nous nous sommes intéressés  à Kasereka Dieu-donné. Habitant de la cellule Mabwe, ce père de famille est riverain de la rivière Wayimirya. Depuis un moment, sa parcelle est sous menace de l’érosion. Avec sa femme et ses trois enfants, Dieu-donné s’active pour protéger sa parcelle contre cette catastrophe. Comme matériels antiérosifs : quelques sticks des bois et des moustiquaires. « A plusieurs reprises nous avons planté des arbres de toutes sortes pour lutter contre l’érosion mais sans succès. Nous avons même utilisé des sacs remplis des sables. Mais les eaux de pluie, les emportent toujours. Nous utilisons maintenant des moustiquaires et nous pensons que c’est efficace », explique-t-il.

Kasereka Dieu-donné embraye qu’il fait le porte à porte dans différents quartiers à la recherche des moustiquaires déjà utilisées. « Nous les achetons à 2000 Fc la pièce (environs 1$). Quand on ne trouve pas des moustiquaires déjà utilisées, on se procure celles qui sont encore neuves », précise-t-il. Ils musent aussi sur la longueur des moustiquaires car elles peuvent s’étendre facilement sur une grande partie de la parcelle.

Dans cette parcelle on a réussi à stopper des effets de l’érosion avec des moustiquaires © Photo Glodie Mirembe

Prisées pour la construction des maisons

Pour certains habitants, des moustiquaires protègent mieux des jardins entretenus dans leurs parcelles contre des bêtes en divagation. D’autres encore, les utilisent pour protéger des volailles domestiques contre des éperviers et d’autres prédateurs. Loin de leurs domiciles, les enfants utilisent aussi des moustiquaires dans leurs jeux. Ils s’en servent, comme filets pour leurs poteaux quand ils jouent au football dans la rue. Il y a même ceux qui les utilisent pour la pêche dans des rivières.

Dans des villes, des moustiquaires remplacent de plus en plus des lianes pour construire des maisons. Une moustiquaire est découpée en plusieurs fils qui remplacent ainsi les fils d’écorces de lianes dans la construction des maisons en pisé. Le terme technique se prononce sous le ton vernaculaire de « ku paracha nyumba ». Dans cette activité, on attache de part et d’autre des sticks des bois, des roseaux disposés latéralement. Cette pratique révolutionne la construction des certaines maisons d’habitation. Avant, pour lier les roseaux aux bois, on utilisait normalement des lianes nommées localement « Mitembe ».

Aujourd’hui, c’est la moustiquaire qui fait l’affaire avec deux avantages : d’abord moins chère (environs 2000 francs congolais la moustiquaire), ensuite facilement accessible. Elle remplace ainsi les écorces des lianes sauvages qui deviennent rares car la forêt recule et l’insécurité rend difficile sa recherche.

La moustiquaire sur le banc des accusés  

Dans des villages, les populations se plaignent de certains effets indésirables des moustiquaires. C’est notamment l’irritation de la peau et le picotement d’yeux après une nuit passée sous ces genres de moustiquaires. Des experts les assurent toujours que c’est l’outil par excellence qui permet de protéger les plus vulnérables contre la malaria, à savoir : les femmes enceintes, les bébés, et les très jeunes enfants… Mais sans succès.

« Après une nuit passée sous la moustiquaire, je me suis réveillée avec une peau qui démange et des yeux qui [brûlent] comme si j’y avais mis du piment », raconte Kahindo Syaghuswa, une habitante de Mangurejipa, une localité située dans le bassin du Congo, à environs 100 Km à l’Ouest de Butembo, au Nord-Kivu. Dans d’autres coins du territoire de Lubero, des femmes expliquent que les moustiquaires font de meilleurs rideaux pour leurs boutiques, restaurants, kiosques, poulaillers, etc. Elles aèrent bien leurs échoppes.

Une maman qui s’en sert comme rideau trouve que « dormir sous la moustiquaire étouffe » et que « placée devant une porte ou une fenêtre elle empêche les moustiques d’entrer dans la maison ». Des restaurants font de même. Kavira Agnès, qui tient un restaurant, à Biakato, en territoire de Mambasa, croit comme d’autres femmes que les « MILD (Moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée) utilisées en rideaux aident à lutter contre les mouches et autres insectes vecteurs de maladies ».

Selon une étude, menée à Bukavu, au Sud-Kivu, les raisons avancées par ceux qui ne dorment pas régulièrement sous une moustiquaire sont : la négligence, la chaleur, l’allergie, occupent trop d’espace que leurs chambres à coucher, manque d’argent,… D’autres études ont été faites en Afrique pour évaluer les obstacles à l’utilisation des moustiquaires, dans les zones rurales de Cameroun, 47% des répondants ont mentionné que la chaleur était un inconvénient. A Likifi au Kenya, les gens n’aiment pas utiliser une moustiquaire si elle occupe plus de 40% du volume de la pièce.

Le paludisme toujours en hausse

Difficile pour les services de santé d’infirmer. Ceux-ci révèlent et  confirment. Si les moustiquaires distribuées sont bien utilisées dans des maisons. « De nombreuses personnes se montrent réticentes à laisser les enquêteurs entrer chez elles pour des raisons d’intimité », nous affirme une source à la zone de santé de Butembo. Avant d’ajouter que cette non – ou mauvaise utilisation de la moustiquaire est dangereuse car elle expose de nombreuses personnes aux piqûres de moustiques, vecteurs du paludisme.

Le paludisme fait partie des principales causes de morbidité et de mortalité en RDC. Les niveaux de transmission les plus élevés sont observés dans les zones situées au Nord et au Centre du pays. Les données du PNLP (Programme national de lutte contre le paludisme) de 2021 montrent une progression des cas durant les années 2019 et 2020. En 2019, la RDC a enregistré 21.934.127 cas de paludisme, et 13.072 décès dont 9.855 enfants âgés de moins de 5 ans, soit 75%. Tandis qu’en 2020, le pays a enregistré plus de 22 millions de cas de malaria et 14.371 décès.

Glodie Mirembe et Umbo Salama


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