A Butembo, au Nord-Kivu, de plus en plus des populations se cotisent pour avoir de l’eau potable


Longtemps sans eau courante, certains ménages de la ville de Butembo (à environs 300 Km au Nord de Goma, à l’Est de la RDC) se regroupent en association et se cotisent pour desservir leurs quartiers. Des initiatives qui pallient la déficience de la Regi­deso qui a le monopole d’approvisionner la ville en eau potable.

Chaque matin, des femmes et jeunes filles effectuent des « va et vient » devant une borne fontaine à Vutetse, un quartier de Butembo. En peu de temps, elles remplissent d’eau les jerricanes de 20 litres qu’elles portent ensuite. « Nous avons trouvé désormais notre solution. On ne se bagarre plus pour avoir de l’eau potable », se réjouit une habitante, Ange Kavira. Des bornes fontaines comme celle de Vutetse se sont multipliées ces dernières années dans cette ville de plus de 800 000 habitants.

Dans cette ville, très peu des gens, ont accès à l’eau de la Regideso, l’entreprise nationale qui jusqu’à récemment avait le monopole de la  fourniture de l’eau. Selon un des membres du service commercial de la Regideso, centre de Butembo, cette entreprise publique compte au  niveau local 6400 abonnés actifs et 1450 non actifs. Ici, actifs et non actifs, fait référence à la solvabilité des factures et non à la desserte en eau. La majorité de la population utilise l’eau de puits ou des sources mal aménagées.

Trouver de l’eau par tous les moyens

En 2018 l’enquête sur l’accès à l’eau en RDC indique 68.4% de la population du Nord-Kivu avait accès à une source d’eau améliorée  (l’eau courante, une borne fontaine, une source naturelle et un point de pompage d’eau -un puit foré à plus de 200 mètres), construit sous la supervision d’un ingénieur civil et dont la qualité de l’eau a été analysée par un laboratoire local. Par contre, 31.6% utilisent une source non protégée et 23.7% utilisent de l’eau de surface.

Ayant compris qu’ils ne peuvent pas attendre de la Régideso, une solution qui tarde à venir, les habitants de Butembo ont ainsi agit de concert. « Nous sommes partis de cette situation de carence qui provoquait des bagarres autour des sources d’eau et déstabilisait la concorde sociale. L’Eglise protestante nous a trouvé un partenaire et voilà, nous avons le précieux liquide », se félicite Baloti Fataki, président honoraire de l’ACEKAVU (Association des consommateurs d’eau de Katwa et Vutetse). Cette association gère aujourd’hui un important réseau de plus de plus de 100 bornes fontaines. Chacune d’elle dessert 50 à 60 ménages.

Se cotiser pour obtenir cette denrée

En 2017, l’autorité urbaine de Butembo, avait procédé à l’inauguration d’un réservoir de 120 000 litres et 17 bornes fontaines pour desservir le quartier Kitulu et ses environs en eau potable. Les fonds alloués aux travaux de cette adduction d’eau, estimés à 70 000$, provenaient des cotisations de la population de cette entité. Pour obtenir cette somme, le comité de développement de Kitulu a dû créer des sous comités dans chaque cellule. « Les membres attitrés passaient dans des églises, des associations et dans les radios pour sensibiliser et faire comprendre à la population sur le bien fondé de participer à la réalisation de cette œuvre », explique, avec un brun de sourire, Alphon­sine Kahindo, présidente du sous-comité de la cellule Anglicane.

« Nous demandions à 100 ménages de s’organiser et de réaliser 1800$. C’est ce qui nous a facilité la tâche », explique Visiri Isaac, un des initiateurs dudit projet. Il poursuit que peu avant la population s’était déjà mobilisée avec des contributions spéciales pour la construction du réservoir principal, le captage de l’eau au mont Lubwe (à environ 10 Km de la ville) et la canalisation de l’eau. Chaque parcelle déléguait une personne pour ces travaux communautaires.

Une confiance dans la bonne gestion

Ces genres d’initiatives ont débouché à la création, dans plusieurs quartiers, des AEPA (Alimentation en eau potable et assainissement) pour que l’eau qui sorte des bornes fontaines profite à tout le monde. Dans des quartiers où fonctionnent ces associations, chaque borne fontaine est gérée par deux animateurs qui veillent sur la bonne gestion des cotisations des abonnés. « Ces contributions varient entre 2000 et 2500 CDF (environ 1$) par mois pour un ménage. Elles dépendent d’un quartier à un autre. Généralement on demande de payer directement 10 ou 15$ chaque année pour chaque ménage », renseigne Alexandre Kitsa, chef du bureau urbain des ressources hydrauliques et électriques.

Il indique que le caractère humanitaire des associations qui se battent pour alimenter la ville en eau fait à ce que les frais y relatives soient réduits à la baisse. « 20 % des recettes sont affectés à la maintenance de l’ouvrage, 30 au fonctionnement de l’Association et 50 % constituent l’épargne pour la suite du projet et les éventuelles pannes », explique Yvone Kavugho, présidente d’une borne fontaine à Katsya.

Dans des contrées déjà desservies en eau, les présidents des AEPA (Alimentation en eau potable et assainissement) sont sollicités pour le raccordement dans des maisons des particuliers. Mais ces derniers sont catégoriques car le débit n’est pas suffisant et l’alimentation est communautaire et non personnelle. « Nous ne mettrons jamais des robinets chez les privés. Riches ou pauvres, tous doivent puiser à des bornes fontaines et chacun là où il est enregistré. Pour nous cette œuvre doit profiter à tous, même au plus pauvre», insiste Musoro Henri, secrétaire exécutif de l’ACEKAVU (Association des consommateurs d’eau de Katwa et Vutetse).

Regideso dépassée

Il y a plus de dix ans, seuls les quartiers Ka­twa et Vutetse étaient approvisionnés en eau grâce aux contributions de la population locale. Aujourd’hui, chaque quartier veut avoir son AEPA. Ces adductions répondent à un besoin permanent car dans plusieurs quartiers de la ville, accéder à l’eau potable relevait d’un parcours de combattant. Il fallait se réveiller la nuit, parcourir des longues distances, rester à la source jusqu’aux heures tardives… « Des femmes couraient des dangers d’être violées ou de rencontrer des bandits. Des bagarres s’en suivaient entre des gens qui se rencontraient à la source. Aujourd’hui ces problèmes sont en train d’être réglés », se souvient Muhindo Patrice, un des initiateurs de l’AEPA.

De fois, ces associations sont appuyées par des ONG qui interviennent pour la promotion d’un environnement sain. « Nous leur expliquons des procédés pour maintenir l’eau propre car nombre de ces associations n’ont pas de technicien d’assainissement », affirme Richard Kwiraki, agent à l’ONG HYFRO (Hydraulique sans frontière). Ces actions pallient l’insuffisance de la Regideso qui ne parvient pas à desservir la ville en eau potable. « Le réseau de la Regideso est trop petit avec un faible débit », indique l’Ingénieur Alexandre Kitsa.

Heureusement pour Butembo, une ville à cheval de l’équateur, il pleut toute l’année dans cette région à climat tempéré d’altitude. Néanmoins, il suffit d’une semaine sans pluie pour que l’accès à l’eau soit un casse-tête. Comme dans cette ville, au Nord-Kivu, une province de l’Est de la République Démocratique du Congo, seulement 0.9% de la population utilise une eau courante à la maison avec paiement au compteur ou par forfait, 28.1% utilise une fontaine communautaire dont certains sont à accès gratuit et pour d’autres le comité de gestion décide des frais à payer mensuellement par ménage. 1.8% de la population utilise les forages d’eau qui sont aussi soit payants soit gratuits.

Umbo Salama


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