L’eucalyptus et ses vertus (Partie III)


Le bois d’eucalyptus est utilisé comme du bois d’œuvre, certaines espèces produisent du bon bois, Eucalyptusglobulusvarmaideni, pour la construction des maisons, la menuiserie, mais aussi dans l’industrie pharmaceutique. Vous attendez toujours parler de l’eucalyptol qui est une huile essentielle que l’on extrait de l’huile d’eucalyptus. C’est à découvrir dans ce troisième épisode « RDC-Bois : l’eucalyptus, une alternative pour la préservation des forêts au Kivu ? ».

L’eucalyptol

Les médicaments à base de cette huile sont déjà acceptés dans nombreux pays pour l’usage thérapeutique contre certaines maladies. Il est fabriqué à partir d’un principe actif qui vient des feuilles d’eucalyptus. « L’eucalyptol est une huile essentielle  provenant des feuilles d’eucalyptus. Seulement, il est en concentration variante selon les espèces d’eucalyptus et selon l’endroit où l’on cultive cet eucalyptus », explique le Pharmacien Félicien Mbahingana, assistant à la faculté des Sciences Pharmaceutiques de l’Université Catholique du Graben.

Ce produit est actif contre les infections des voies respiratoires, notamment les toux, les grippes et il a aussi d’autres activités sur le système nerveux central.Pour les toux, c’est un médicament très actif car il a une activité antiseptique des voies respiratoires, ajoute le Pharmacien Félicien qui est aussi pionnier de la fabrication de l’eucalyptol localement au laboratoire des Cliniques Universitaires du Graben. La production locale ne fait pas encore le poids. Les pharmacies en achètent provenant de Kinshasa, à 2000 km voire de l’inde en Asie.

« Le problème reste que nous n’avons pas assez de spécialistes des médicaments. Et les rares spécialistes qui sont là n’ont pas assez de moyens pour en fabriquer en quantité suffisante. On fabrique 10, 20 litres, pas suffisants pour le marché et pour respecter les normes d’assurance qualité. », déplore le Pharmacien.

Pourtant, les vertus de l’eucalyptus ne sont pas connues aujourd’hui. On en a fait usage depuis des années en mettant la personne malade avec forte fièvre sous une couverture avec un récipient plein de feuilles d’eucalyptus bouillies et qui dégage une forte chaleur. « C’est l’effet de l’eucalyptol qui est recherché car c’est une huile essentielle. Elle est volatile, de loin volatile que de l’eau. Elle s’évapore. Et j’ai dit qu’elle est active contre les infections des voies respiratoires, vous respirez cette huile et il  traite votre maladie. », explique le pharmacien.

Usages principaux

Madame Jackie Kaherenie achète un camion Benne de bois d’eucalyptus à 120 dollars plus 30 dollars de transport. Une quantité suffisante pour une année comme source d’énergie pour la cuisine dans un ménage de moins de 10 personnes. Néanmoins, cet achat n’est pas à la portée de tout le monde. Au quotidien, plusieurs familles n’achètent que quelques morceaux de bois sec.

1.     Une casserole sur une cuisinière alimentée par le bois de chauffe à Beni, Nord-Kivu, Est de la RD Congo © Hervé Mukulu

 Le Complexe Theicole de ButuheCTB, situé à une dizaine de kilomètres de Butembo utilise un stère de bois de chauffe par heure afin de produire de la vapeur d’eau qui sèche le thé à la dernière étape de la fabrication. Pour répondre à cette demande, cette usine dispose de plus de 300 hectares d’eucalyptus. Et la plantation d’arbres est continuel, explique le chef d’usine, monsieurTabonoWatukalusu que nous avons rencontré à l’occasion de la journée mondiale du thé, le 15 décembre. La centrale hydroélectrique du CTB ne produit pas assez d’énergie pour en faire usage pour le chauffage.

Des entreprises comme la pâtisserie, les brasseries locales de vin, les restaurants et autres utilisent principalement le bois de chauffe. Le bois disponible pour répondre à cette demande reste l’eucalyptus.

Lire aussi : RDC-Bois : l’eucalyptus, une alternative pour la préservation des forêts au Kivu ? (Partie I)

Depuis quelques années, les villes de Beni et Butembo sont desservis en énergie hydroélectrique par la société ENK (Energie du Nord-Kivu). Pour le transport et la distribution, cette entreprise utilise le bois d’eucalyptus comme poteau avec plusieurs avantages : « Le poteau en bois est produit localement. On l’achète auprès des concessionnaires locaux. La main d’œuvre locale est engagée pour couper, dégager et traiter ces poteaux. Ce qui ne serait pas nécessairement le cas pour les poteaux métalliques. Ces poteaux ont une durée de vie de 20 ans. Bien plus, le bois est un mauvais conducteur d’électricité. S’il y a un court-circuit, le contact ne causera aucun dommage à l’homme. Ce qui n’est pas le cas pour le métal. », KatemboMusavuliPhilemon, chargé de communication de l’entreprise Energie du Nord-Kivu ENK, explique ainsi la préférence du bois pour l’entreprise. 

Rien ne se perd avec l’eucalyptus. Les branches d’arbres sont aussi une denrée rare. Si en milieu paysan, les enfants des familles pauvres vont les ramasser pour servir de bois de chauffe, la ménagère citadine les achète.

En effet, certaines variétés de haricot prisées localement exigent un support pour la bonne croissance et la production. La demande étant forte lors des saisons agricoles, ça devient un business. « Un fagot se négocie entre 500 et 600 FC. J’en mets 15 à 20 fagots dans un champ d’une parcelle de 25 sur 30 mètres. », témoigne madame Solange Kaswera, directrice financière d’une ONG locale et agricole dans ses temps libres. Même dans cet usage, la préférence revient à l’eucalyptus qui ne pourrit pas rapidement : « Les branches de l’arbre Mukaramba (Grevillea robusta ou chêne argentin) ne peuvent être utilisés que pour deux saisons, alors que pour l’eucalyptus, c’est trois saisons », explique-t-elle.

1.     Abattage d’eucalyptus dans un champ à Ndando, un village périphérique de Butembo © Photo Hervé Mukulu

Le business du bois d’œuvre d’eucalyptus

L’eucalyptus, ça rapporte, mais personne ne vous dira combien exactement. Quand la question est posée, la réponse est énigmatique quoique le rapport penche clairement en faveur de l’eucalyptus.

« Si vous cultivez les arbres, vous aurez de quoi manger. Mais on ne peut planter les arbres pour vivre de ça au quotidien.  On plante les arbres pour un projet déterminité. », explique Léopard qui précise que déjà à 3 ans, avec l’eucalyptus, vous ne manquerez plus de bois de chauffe. De même, à cet âge, l’arbre est assez mur pour construire une maison en pisé ou pour servir de charpente, pour servir de plancher de soutènement qui est un dispositif nécessaire quand on coule un béton, pour ériger une clôture en tôle, un hangar, …

Kambale Chamundowa vend des sticks de bois d’eucalyptus depuis des années à Butembo et c’est ça toute sa vie : « Ça se vend très bien, je peux vendre 40 à 50 bois par jour. Mes enfants vont à l’école et nous mangeons. C’est mon travail depuis des années. »

1.     Des ruches sous les bois d’eucalyptus à Mulo © Photo Hervé Mukulu& Robert Mwenderwa

Pour certaines espèces, à 5 ans, on peut déjà couper des planches et des chevrons, explique Kavira, vendeuse de planches d’eucalyptus depuis 14 ans, mais il en faut entre 10 et 30 ans pour avoir du bon bois. « De par mon expérience avec l’arbre Luvivi, c’est 15 ans, pour le Kilima, c’est 25 ans. », explique Kambale Malekani François.

L’eucalyptus est préféré car il reste l’espèce qui s’adapte à la terre. Les espèces sauvages ne poussent plus, explique Kambale Chamundowa. Madame Kavira ajoute que le bois d’eucalyptus est durable par rapport aux bois sauvages. Il ne pourrit pas rapidement comme les autres.

Lire aussi : RDC-Bois: L’eucalyptus, une Alternative pour la Préservation des Forêts au Kivu ? (Partie II)

Est-ce que ça rapporte plus que les produits vivriers ? Je ne cesse d’insister, mais la réponse reste savante. « J’ai planté les mikaramba puisque j’ai constaté qu’il est mon meilleur ami que l’homme.  Il est très utile, tu t’assois sur le mikaramba (Ndlr chaise). Tu te réchauffes sur le feu de mikaramba (Ndlr bois de chauffe). Ça peut t’accompagner jusqu’à l’au-delà (Ndlr le cercueil). C’est pourquoi je l’ai planté car j’ai compris qu’il peut m’être plus utile et m’aider à enterrer mon père (Ndlr Les frais de funérailles). », réponse énigmatique du concessionnaire Kambale Malekani François.

Il ajoute explicitement qu’un arbre peut remplir un camion FUSO de planches.Ça revient à combien un Fuso de planches ? J’insiste. Un peu agacé, il répond : « Ça ne se dit pas. Moi d’ailleurs, j’utilise moi-même les planches. Mais c’est beaucoup d’argent que pour les produits à manger. » Il enchaine : « Un autre avantage. Il y a des gens qui achètent dix hectares de terre pour y mettre les vaches, mais moi avec un seul hectare, je le dépasse car sous les arbres, je mets les abeilles. Le miel est plus rentable que les produits agricoles.”

1.     Abattage d’eucalyptus dans un champ à Ndando, un village périphérique de Butembo © Photo Hervé Mukulu

A Pascal Bebo de préciser : « Pour le moment, on peut dire que les arbres rapportent mieux que les cultures maraichères car à part les eucalyptus, nous faisons de l’apiculture, mais aussi on peut planter quelques feuilles (Ndlr les Tarots) avec lesquelles on nourrit les porcs. » Les eucalyptus font, en effet, parti des plantes dites mellifères. Leurs fleurs produisent du nectar que les abeilles transforment en miel, explique l’expert en gestion de la biodiversité Sorel Wasukundi.

Pour cultiver les eucalyptus, il suffit d’avoir un peu de moyen de démarrage. On plante, le reste appartient à Dieu. Il suffit d’avoir la pluie, précise Pascal Bebo comme gros avantage.

Hervé Mukulu


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