Nord-Kivu : Quand les militaires sont locataires en ville


Dans plusieurs villes et autres agglomérations du Nord-Kivu, de nombreux militaires, surtout des officiers gradés, louent des maisons de civils dans les quartiers, faute des casernes adéquates dans les camps militaires. Mais les relations sont tendues. Les civils accusent les militaires de créer l’insécurité. Certains commandements de l’armée suggèrent leurs identifications.

« Il est demandé aux chefs de cellules, chefs des quartiers et à la société civile des communes de bien vouloir recueillir toutes les informations sur des officiers et autres militaires qui logent dans des maisons des civils dans différents quartiers, et de nous les faire parvenir par le canal des bourgmestres des communes pour centralisation », lit-on dans un communiqué du 14 mai 2020 signé par le lieutenant-colonel Ombeni Murengisi Masua, commandant des FARDC (Forces armées de la République Démocratique du Congo) en ville de Butembo, au Nord-Kivu.

Ce communiqué annonce l’identification des militaires et officiers gradés qui résident dans la cité. Dans un communiqué, l’Etat-major du commandement du 3310ème régiment des FARDC basé à Butembo demande aux habitants de « fournir dans leur environnement immédiat, l’adresse de tout militaire ou officier gradé résidant à la cité en vue d’une identification par les services de sécurité ». Cette identification des militaires est lancée pendant que Butembo connaît la résurgence des cas d’incursion nocturne des bandits armés dans des ménages des civils. Des cas qui se soldent jusque-là sur des cambriolages des biens, des morts d’hommes et d’autres actes.

Ma famille d’abord

Dans le camp militaire de Rughenda ainsi que dans des camps érigés aux différentes sorties de la ville, des militaires se contentent des maisonnettes des fortunes, faites des bâches et dont la hauteur dépasse difficilement 1,5m. « Comment un homme qui a du respect pour sa femme et ses enfants peut-il accepter de les loger sous une même tente en bâches, dans laquelle les chambres sont séparées de simples pagnes ? », s’indigne un premier lieutenant, locataire dans un quartier proche du camp militaire de Rughenda.

Il ajoute que très peu de militaires habitent les maisons du camp. La plupart s’efforce de louer leur logement. Dans d’autres villes de la province du Nord-Kivu, certains officiers militaires finissent par acheter des parcelles et construisent leurs propres maisons. « Dans nos parades, on nous invite seulement à bien nous comporter parmi les civils, sous peine d’être sanctionnés », explique un autre officier. Comme pour dire que ce rappel à l’ordre devrait être suivi d’une prise en charge adéquate des soldats.

Méfiance et suspicion, la peur hante les habitants

Plus, ils sont nombreux dans un quartier, plus la cohabitation est cependant difficile, teintée de méfiance et suspicion. Vols, extorsions, tracasseries, querelles familiales… leurs sont repro­chés. « Nous vivons dans l’adversité avec la population qui surveille nos mouvements. Tout acte de vandalisme est mis sur le dos des militaires et leurs enfants », reconnaît un officier des services de renseignement.

Les quartiers voisins des camps militaires sont les plus touchés. Les habitants y dénoncent la montée de l’insécu­rité. Certains, comme ce jeune du quartier Kyaghala, à l’Est de Butembo, ont aussi des préjugés. « Notre voisin militaire s’il prend l’alcool, il nous provoque souvent ». Habi­tués à vivre à la manière des militaires dans les camps, il y a des disputes fréquentes entre les épouses des militaires et leurs en­fants avec les femmes et enfants civils qui partagent une même parcelle ou avenue. Pour la société civile coordination de Butembo, « il faut construire des camps adéquats et songer à une bonne prise en charge des militaires ».

Rédaction


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